Quelle variation du niveau de vie au moment du départ à la retraite ?
On dispose de longue date d’informations statistiques sur la variation entre le dernier salaire, perçu juste avant le départ à la retraite, et la première pension, perçue juste après ce départ. Ce rapport, qualifié de taux de remplacement est généralement inférieur à 100 %, traduisant le fait que le montant de retraite est le plus souvent plus bas que celui des revenus d’activité en fin de carrière.
Cet indicateur ne dit cependant pas tout sur la variation du niveau de vie au moment du départ à la retraite. Il ne peut être calculé, d’une part, que pour les personnes encore en emploi avant la retraite, ce qui laisse de côté environ un tiers des nouveaux retraités. Il ne représente d’autre part qu’une partie des ressources des ménages des nouveaux retraités : ces derniers peuvent bénéficier d’autres ressources personnelles que leur pension une fois à la retraite, de même qu’ils pouvaient avoir d’autres revenus que leur salaire avant celle-ci. Le niveau de vie dépend en outre des revenus de l’éventuel conjoint, des prestations sociales reçues ou encore des impôts versés, dont les montants peuvent varier au moment du départ à la retraite.
Cette connaissance plus large de la variation de l’ensemble des ressources du ménage au moment du départ à la retraite était toutefois jusqu’alors difficile à établir, du fait des limites des sources statistiques disponibles. Les bases de données sur les retraites contiennent des informations très riches sur la carrière des personnes mais, la retraite étant un droit individuel, ne disent généralement rien de l’éventuel conjoint ou les revenus du ménage. De nombreuses sources statistiques produites par l’Insee permettent par ailleurs une analyse fine des niveaux de vie, mais elles ne contiennent généralement que peu d’informations sur les caractéristiques précises de retraite.
Cette connaissance est dorénavant possible, grâce à une source statistique inédite issue du croisement de l’échantillon inter-régimes de retraités (EIR) avec l’échantillon démographique permanent (EDP) de l’Insee. Les premiers résultats de cette source ont été publiés dans le n°1369 de la collection Etudes et résultats de la DREES, et trois jeux de données détaillées complémentaires sont par ailleurs mis à disposition sur le site open data de la Drees, portant sur la répartition par catégorie de niveau de vie, sur la composition des revenus des ménages, et sur les taux de remplacement entre les revenus avant et après le départ à la retraite. On en résume ici les principaux enseignements.
Le passage à la retraite est associé à une baisse du taux de pauvreté
12,4 % des personnes nouvellement retraitées en 2020 se trouvaient en situation de pauvreté monétaire au cours de l’année précédant leur départ à la retraite. Cette proportion diminue à 8,3 % lors de la première année pleinement passée à la retraite, soit une baisse de 4,1 points de pourcentage. Ce résultat se retrouve de façon stable pour l’ensemble des cohortes de nouveaux retraités de 2012 à 2020, la baisse se situant selon les années entre 3,2 et 4,7 points de pourcentage.

Des inégalités entre catégories persistent cependant après le départ à la retraite
La baisse du taux de pauvreté suite au départ à la retraite s’observe parmi tous les groupes de nouveaux retraités, quel que soit le statut d’activité avant la retraite ou les conditions de départ. Par conséquent, les disparités entre les différentes catégories de nouveaux retraités (selon leurs caractéristiques socio-démographiques, leurs conditions de départ à la retraite ou encore leur situation juste avant le départ) persistent : bien que leur risque d’être pauvre diminue dans l’absolu, les personnes qui avaient un risque plus élevé de pauvreté juste avant la retraite en ont toujours un relativement plus haut que les autres après le départ à la retraite.
Par exemple, la baisse du taux de pauvreté est d’ampleur similaire pour les nouveaux retraités ayant atteint le taux plein au titre d’une durée de carrière suffisante et pour ceux qui l’ont atteint en partant à l’âge d’annulation de la décote (respectivement 4,8 points et 6,3 points), alors même que les premiers avaient, avant le départ à la retraite, un taux de pauvreté de 13 points inférieurs à celui des seconds. L’écart reste donc quasiment aussi grand une fois à la retraite.
Les inégalités se réduisent mais les positions individuelles dans l’échelle des niveaux de vie évoluent modérément
Globalement, si le départ à la retraite permet bien de réduire les inégalités de revenus entre les personnes par rapport à la situation en toute fin de vie active, cette réduction reste d’ampleur modérée, et le départ ne modifie que peu la position des personnes dans l’échelle des niveaux de vie. La proportion de personnes pauvres diminue certes de 4,1 points de pourcentage, mais celle de personnes modestes, c’est-à-dire dont le niveau de vie se situe entre 60 % et 90 % du niveau de vie médian, augmente dans une proportion similaire (+3,9 points). Symétriquement, la proportion de personnes considérées comme aisées ou plutôt aisées au regard de leur niveau de vie diminue, au profit de celles avec un niveau de vie médian, mais cette baisse est modérée, de l’ordre de 6 points de pourcentage.
La moitié des nouveaux retraités demeurent finalement dans la même catégorie de niveau de vie avant et après leur départ à la retraite tandis que 41 % évoluent dans une catégorie adjacente. Les personnes qui changent de catégorie se répartissent de façon presque uniforme entre ceux dont le niveau de vie s’améliore et ceux pour lesquels il baisse : 22 % des nouveaux retraités passent dans un groupe de niveau de vie plus élevé après leur départ à la retraite, tandis que 28 % d’entre eux passent dans une catégorie plus modeste.

Un niveau de vie relativement préservé
Pour la moitié des personnes encore en emploi avant la retraite, le montant de pension est inférieur de plus de 25 % au dernier revenu d’activité (variation dite médiane). Toutefois, la baisse apparaît atténuée si l’on considère l’ensemble des revenus avant impôt du ménage de la personne nouvellement retraitée (baisse médiane de 14 %), et plus encore si l’on considère le niveau de vie (baisse médiane de 9 %). Un peu plus d’un tiers (35 %) des personnes en emploi juste avant la retraite voient même leur niveau de vie augmenter à la retraite. La majorité des personnes sorties précocement de l’emploi voient à la fois leur revenu personnel et leur niveau de vie augmenter après le départ à la retraite. L’augmentation médiane du niveau de vie est ainsi de 9 % parmi les personnes qui étaient au chômage avant la retraite et de 4 % pour celles qui étaient en invalidité.
